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  • anaisnourguitarles

Fugato Primitif

Updated: Apr 4, 2023






Pour 4 saxophones et électronique (sons fixés) 2022 Composé pour le Quatuor Quasar, commande d’éOle Studio, avec le soutien de la SACEM. ( Enregistrement bientôt en ligne)


La pièce « Fugato Primitif », est inspirée et construite sur les bases de l’analyse du chant des Siamangs en concordance avec le son et la technique des différents saxophones.

C’est en visitant le zoo de Berlin que j’ai entendu, venant de loin, un chant peu commun. M’en approchant avec précipitation, je suis frappée par la musicalité de ces primates. Leur très forte ressemblance de timbre avec les saxophones me saute immédiatement aux oreilles, et me renvoie au Quatuor de saxophone Quasar, lequel me commanda une pièce quelques mois au -paravant . Je décide donc d’en faire plusieurs enregistrements, sur lesquels on peut entendre deux couples de siamangs, deux mâles et deux femelles.

Suivant mon intuition, après les avoir écoutés attentivement plusieurs fois, je décode quatre types de sons différents, avec pour chacun d’eux de multiple déclinaisons de nuances, d’inflexions, et un spectre de fréquences bien particulier. Tout du long, les siamangs se partagent le spectre fréquentiel afin que chacun puisse y être entendu en permanence (voir « the frequency niche hypothesis » de Bernie Krause pour plus de précisions).

Mes recherches me mènent vers une analyse plus poussée grâce à la lecture de l’article Duet songs of the siamang, Hylobates syndactylus: I. Structure and organisation de Thomas Geissmann. Cet article, en plus d’approfondir mon hypothèse du jeux avec les 4 types de sons, démontre qu’ils sont loin d’être les seuls éléments musicaux analysables. En effet, il s’agit d’une vraie composition organisée et complexe, dont l’analyse révèle une structure musicale élaborée et quasiment équivalente à celle de la fugue Baroque.

C’est de ce tableau pittoresque de primates en cage chantant une fugue, sans que personne n’en soit vraiment conscient, paradoxe plutôt humoristique, que m’est venu l’idée de cette pièce.


Recherches:

Pour commencer, voici une définition des siamangs extraite de l’article cité plus haut. « Le gibbon siamang (Hylobates syndactylus) est distribué principalement dans les régions montagneuses de Sumatra et du sud

de la Malaisie péninsulaire (Chivers, 1977 ; Geissmann, 1995 ; Groves, 1972 ; Marshall & Sugardjito, 1986). Comme la plupart des autres espèces de gibbons (e.g. Chivers, 1984 ; Leighton, 1987), le siamang vit dans la forêt tropicale humide, montre des adaptations extrêmes pour la locomotion arboricole, une structure sociale monogame, et l'utilisation exclusive de territoires activement défendus par de petits groupes familiaux (e.g. Chivers, 1974 ; Chivers & Raemaekers, 1980 ; Norikoshi, 1986 ; Palombit, 1992 ; West, 1982). »


Dans ce même article, il est expliqué que les concerts des siamangs ont généralement lieux très tôt le matin et sont émis par des couples mâles-femelles, pouvant être joint occasionnellement par certains membres de leur groupe familiale. Les partenaires assemblent leurs répertoires de chants, seulement en partie spécifique au sexe. Ainsi, ils produisent une vocalisation plutôt stricte, très précise au niveau temporel, la moyenne étant de 17 minutes par concert, donnant lieu à un duo structuré et complexe. Il s’agit là d’une étude des primates vivant dans leur environnement naturel. Toutefois, la même conclusion existe pour les siamangs vivant en captivité, Lambrecht (1970) fut le premier à décrire le dimorphisme sexuel dans les vocalisations des siamangs captifs, comme expliqué par Thomas Geissmann :

« Il a porté une attention particulière à une séquence longue et complexe de notes qu'il a reconnue comme un duo. Lamprecht s'est rendu compte qu'un chant typique de siamang se compose d'une partie initiale (qui n'est produite qu'une seule fois au cours d'un chant), suivie d'une alternance de parties de duos relativement rigidement organisées mentionnées ci- dessus et de parties intermédiaires plus variables (« Zwischenphasen »). »


La fugue est communément considérée comme une forme complexe de composition. Il est donc surprenant de constater la ressemblance, proche de l’exactitude, entre la structure des fugues de Bach et celle de la composition du chant des siamangs. L’exposition, le sujet, la réponse, les épisodes à entrées et divertissements, tout cela se retrouve dans les concerts de vocalisation des siamangs, suivant une organisation stricte. Ces saxophonistes sauvages font preuve de virtuosité d’interprétation, d’invention et de complexité dans la structure de leurs concerts, les timbres riches et les hauteurs fluctuantes s’associant particulièrement bien au différentes tessitures et qualités sonores du quatuor de saxophones humain.

Ainsi, les quatre saxophonistes intègrent la biophonie, ils se mêlent aux sons de la fugue des primates captifs, qui impose son rythme. Un concert de primates pour des primates. L’ironie du sort est de chanter une fugue dans une cage bien fermée.







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